''Lire c’est voyager'' avec Hervé Le Tellier : "Donner des livres, c’est toucher des non-lecteurs"
Hervé Le Tellier accompagne l’opération « Lire c’est voyager, voyager c’est lire » sur les aires d’autoroute. Il explique son choix de participer à cette distribution de livres, détaille sa sélection mêlant classiques et récits contemporains, et décrit les échanges avec les vacanciers, souvent éloignés du monde du livre.
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Hervé Le Tellier sur l'aire de Saint Rambert d'Albon sur l'autoroute A7
© VINCI AutoroutesL’écrivain insiste sur l’esprit de la sélection, pensée pour ouvrir les horizons pendant une pause sur la route. « La diversité des choix permet de prendre aussi bien un livre classique du XVIIIᵉ siècle. J’ai choisi par exemple un livre comme “Les Voyages de Gulliver” qui reste un classique formidable parce que c’est un livre qui parle d’aujourd’hui. Quand on le lit, on comprend que ça parle aussi de la bêtise, ça parle de l’aristocratie financière, ça parle de la bourgeoisie, ça parle de beaucoup de choses qui nous concernent directement », explique-t-il.
Le panorama s’étend aussi à des textes plus récents, conçus comme autant d’invitations au voyage : « jusqu’à des livres beaucoup plus contemporains, comme par exemple un livre de Gary qui nous parle des années 60-70 ou encore plus récent qui parle de Nirlit, qui est une petite bourgade au nord du Canada, dans (…) le Nunavut, donc le pays inuit. »
Parmi les titres, certains font écho direct au déplacement en voiture. Il cite notamment un récit d’Édith Wharton : « Elle fait ce Tour de France en 1908, donc il n’y a pas d’autoroute, il y a des routes qui ne sont pas goudronnées (…) elle a une vieille Panhard Levassor (…) elle débarque en Normandie et elle va faire le tour de la France (…) c’est l’occasion pour elle de découvrir et pour nous de découvrir une France qui est celle du début du XXᵉ siècle. »
Sur place, les échanges avec le public prennent une dimension particulière : « Il y a cette surprise parfois pour des non-lecteurs justement de voir un auteur, ce qui n’arrive pas toujours. Et c’est l’occasion de voir aussi la diversité des livres qui existent dans l’univers littéraire. »
Ces rencontres contrastent avec son quotidien d’auteur : « Faut se souvenir que le métier d’auteur, c’est un métier solitaire. On passe des mois, des années parfois à écrire un livre face à un ordinateur (…) donc le moment où on croise son lecteur ou quelqu’un qui va vous lire, c’est un moment relativement unique. C’est pas la peine de le bouder (…) c’est un moment de plaisir. »
Interrogé sur son rapport à la route, Hervé Le Tellier évoque des souvenirs plus intimes, liés à l’enfance et aux longs trajets vers le sud : « mon souvenir, c’est moins finalement la voiture que le bruit la nuit du roulement sur l’autoroute où j’étais quasiment endormi (…) un bruit blanc (…) où on s’endort. »
L’opération se poursuit jusqu’au 8 août sur plusieurs aires d’autoroute, où 14 livres sont offerts gratuitement aux vacanciers.
Ivan Monton et Hervé Le Tellier